Votre mère fête ses 70 ans à Montreux mardi prochain. Vous êtes à Angers, le jardin déborde encore de dahlias et vous auriez aimé lui en couper une brassée. Entre vous, il y a une journée de route et une frontière douanière.
Faire livrer des fleurs en Suisse depuis la France reste simple sur le papier. Les erreurs viennent rarement du bouquet lui-même. Elles tiennent au calendrier, au mode d’envoi ou à une adresse mal saisie.
Peut-on envoyer soi-même un bouquet en Suisse par colis ?
Sur le plan sanitaire, rien ne s’y oppose. La Suisse, le Liechtenstein et l’Union européenne appliquent les mêmes règles de santé des végétaux et les fleurs coupées franchissent la frontière sans passeport phytosanitaire.
La douane est une autre affaire. La Suisse ne fait pas partie de l’union douanière européenne et tout colis venu de France est déclaré à l’importation. Un envoi entre deux particuliers échappe aux taxes s’il est présenté comme un cadeau et que sa valeur reste sous 100 francs suisses, frais de port exclus. La mention « cadeau » doit alors figurer bien en vue sur l’extérieur du paquet.
Au-delà de ce seuil, la TVA et les frais de dédouanement sont réclamés au destinataire. La Poste suisse facture ce service au minimum 11,50 francs, avec un plafond de 70 francs. Votre mère pourrait donc devoir payer pour recevoir son propre cadeau d’anniversaire.
Même sous le seuil, le vrai problème se situe ailleurs. Un colis ordinaire peut rester plusieurs jours en transit, sans eau, ballotté d’un centre de tri à l’autre. Or une fleur coupée continue de transpirer par ses pétales et ses feuilles. Chaque heure passée au sec l’affaiblit un peu plus. Les dahlias du jardin méritent mieux que ce voyage, gardez-les pour votre propre table.
Réseau de transmission ou fleuriste installé en Suisse ?
Deux solutions tiennent la route. La première passe par un réseau de transmission florale. Vous commandez sur un site français et vous réglez en euros, puis la commande est relayée à un fleuriste partenaire en Suisse qui compose le bouquet sur place avec les fleurs dont il dispose. Le bouquet ne traverse donc aucune frontière.
Cette formule a ses limites. Le résultat dépend du fleuriste qui reçoit la commande, que vous ne choisissez pas. Les frais de livraison vers l’étranger sont aussi plus élevés qu’en France, autour de 18 euros chez le réseau le plus connu.
Un détail fait trébucher plus d’un expéditeur. Sur certains sites français, le mot « Suisse » tapé dans le champ de la localité propose une commune de Moselle qui porte ce nom. Vérifiez que le code postal saisi compte bien quatre chiffres, comme tous les numéros postaux suisses.
La seconde solution consiste à commander directement chez un fleuriste établi en Suisse. Chez Kanel, fleuriste en ligne qui possède son propre atelier à Genève, les bouquets sont composés le jour de leur envoi puis calés dans un carton avec une réserve d’eau autour des tiges. Une commande passée avant 16 h la veille est livrée dès le lendemain dans tous les cantons, du mardi au samedi. À Genève, la livraison peut même avoir lieu le jour même pour une commande passée avant 14 h. Le site accepte les commandes passées depuis l’étranger, ce qui permet d’organiser une livraison de fleurs en Suisse depuis Angers ou Lyon sans intermédiaire.
Pour ma part, je privilégie le fleuriste installé en Suisse dès que le destinataire habite une ville desservie. Vous savez qui compose le bouquet et d’où il part. Le réseau garde pourtant un avantage réel, celui d’un paiement en euros qui ne passe par aucune conversion.
Quelles dates piègent les expéditeurs français ?
La fête des mères arrive en tête. La Suisse la célèbre le deuxième dimanche de mai, comme l’Allemagne, l’Italie ou la Belgique. La France attend le dernier dimanche du mois ou le premier dimanche de juin quand celui-ci coïncide avec la Pentecôte. Si votre mère vit à Lausanne, c’est la date suisse qui compte pour elle, celle où ses voisines reçoivent leurs fleurs.
En 2027, la fête des mères tombera le dimanche 9 mai en Suisse et le dimanche 30 mai en France. Les livraisons nationales de bouquets se faisant en général du mardi au samedi, visez plutôt le samedi 8 mai.
Les jours fériés forment l’autre piège. La Confédération n’impose que quatre jours fériés à tout le pays, à savoir le 1er janvier, l’Ascension, le 1er août et Noël. Tout le reste relève des cantons. Le 2 janvier est ainsi chômé dans les cantons de Vaud, de Fribourg ou de Berne. Le lundi qui suit le Jeûne fédéral, célébré le troisième dimanche de septembre, est férié dans le canton de Vaud alors que Genève observe son propre Jeûne genevois, un jeudi du début de septembre.
Inutile d’apprendre cette liste par cœur. Le calendrier de commande d’un fleuriste sérieux grise ces dates de lui-même. Encore faut-il ne pas s’étonner qu’un lundi de septembre reste indisponible pour une adresse à Lausanne.
Une bonne nouvelle quand même, la France et la Suisse partagent le même fuseau horaire. Une heure limite affichée à 16 h reste 16 h à Paris.
Combien coûte vraiment un bouquet payé en francs suisses ?
Chez un fleuriste suisse, le prix s’affiche en francs. Votre banque convertit la somme et prélève souvent une commission sur les paiements hors zone euro. La Banque Postale facture par exemple 2,30 % du montant, avec un plafond de 6 euros par opération. Sur un bouquet de 80 francs, la commission tourne autour de 2 euros. Les banques en ligne appliquent souvent peu de frais sur ce type de paiement, voire aucun.
Un réflexe compte davantage que ces quelques euros. Si l’on vous propose de régler directement en euros au moment du paiement, refusez et payez en francs. Cette conversion dynamique ajoute une marge sur le taux de change qui coûte en général bien plus cher que la commission de votre banque.
Côté livraison, comptez 14,90 francs pour un envoi national chez le fleuriste genevois évoqué plus haut, un tarif proche des frais internationaux facturés par les réseaux français.
Hôpital, bureau ou cérémonie, quelles précautions prendre ?
L’hôpital demande le plus de prudence. Les plantes en pot y sont généralement refusées et les fleurs ne sont pas admises dans les services de soins intensifs. Évitez aussi les lys au parfum puissant, mal supportés dans une chambre partagée. Un appel au service concerné règle la question en deux minutes. Sachez enfin que la remise se fait selon les consignes de l’établissement, souvent à l’accueil, sans garantie que le bouquet arrive jusqu’au chevet du patient.
Pour une entreprise, indiquez la raison sociale, le service et le nom du destinataire, puis vérifiez les horaires de l’accueil. Pour un deuil, prévoyez au moins deux jours d’avance et précisez la date et l’heure de la cérémonie.
Que doit faire votre proche en ouvrant le carton ?
Un bouquet livré a passé plusieurs heures hors du vase. Dès qu’une tige est coupée à l’air libre, une bulle d’air peut se former dans ses vaisseaux et bloquer la remontée de l’eau. La fleur se déshydrate alors malgré un vase plein.
Recouper chaque tige d’un à deux centimètres en biais, avec un sécateur propre, rouvre ces vaisseaux. Il faut aussi retirer les feuilles qui trempent dans l’eau, car elles pourrissent vite et nourrissent les bactéries qui bouchent à leur tour les tiges. Le vase se place ensuite loin du radiateur, du soleil direct et de la corbeille de fruits. Les pommes et les bananes dégagent en mûrissant de l’éthylène, un gaz qui accélère le vieillissement des fleurs. Changer l’eau tous les deux jours en rinçant le vase suffit pour le reste.
Ces consignes tiennent en trois lignes sur la carte qui accompagne le bouquet. Rédigez-la dans une langue que votre proche lit sans effort, en allemand pour une amie de Zurich si c’est la sienne. Signez aussi de votre prénom. Sans lui, la personne ne saura pas forcément de qui vient l’attention.



